Miroir, qui est le plus moche ?

Zombie, décharné et puant, tu incarnes nos dérives, nos dépendances, et la lente disparition de ce qui fait de nous des êtres humains. On aime tellement te haïr.

Qui ? Le zombie. Sa déshumanisation est la nôtre, il est l’allégorie de l’humain qui se vide de sa substance, créateur et victime d’une société dysfonctionnelle sous certains aspects. Dans la culture vaudou, le zombie est une créature qu’on aliène, qu’on soumet à sa volonté. Dans la culture populaire, il est toujours l’aliéné. Non plus à un sorcier mais à un monde. L’argent, l’égo, le pouvoir… Les nouveaux maîtres sont légion et le zombie de nous rappeler ce que nous risquons de perdre : notre humanité.   

Oui c’est aussi une figure cathartique qui nous oblige à fixer notre propre finitude dans le jaune de son œil. Oui, sa putréfaction nous renvoie à notre condition provisoire. Et nous ne devons pas craindre la mort quand on voit ce que c’est que d’en revenir. Jamais l’idée de reposer en paix n’a paru aussi douce. Et cette petite saleté est coriace puisque depuis un demi-siècle, il ressort systématique de terre pour pointer du doigt la perte de sens qui nous guette. En son temps, Romero s’en est servi pour dénoncer la guerre ou l’argent tout puissant. N’aurait-il pas encore quelque chose à nous dire aujourd’hui ? Alors oui, il est laid, toxique, dangereux, et auto-destructeur. Il est le pire des humains et c’est bien de le regarder en face, de l’affronter et de l’empêcher d’envahir le monde.